· 

Confinement… pourquoi ne pas se lancer dans l’oraison ?

Etre confiné, c’est se retrouver seul bien souvent, hors de l’agitation, du stress, avec peut-être un vague à l’âme de ne pas rencontrer du monde… ! Pourquoi ne pas se mettre à la prière longue (1/2 heure, ¾ heure, 1 heure peut-être) en restant avec le Seigneur longtemps. Voilà ce qu’est l’oraison.



premier pas

Le premier pas pour cela, c’est de désirer entrer dans la solitude : « Venez à l’écart et reposez-vous un peu », dit Jésus à ses disciples. Ne pas être collé au groupe d’amis, aux membres de la famille, mais se retirer, quitter le téléphone et ses mails… « Si tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton père qui est là dans le secret». En entrant dans votre chambre, décidez de donner un temps précis (vous vous y tenez), de vous mettre dans une posture du corps prête à rencontrer votre Seigneur… être à l’aise, sans raideur.

 

deuxième pas

Le deuxième pas consiste à quitter mentalement ses activités, ne pas continuer intérieurement ses projets, ses activités, ne pas ressasser ses soucis, bref à quitter le cérébral pour être totalement dans le présent sensible et ainsi entrer intérieurement en soi. Nous sentons que nous sommes souvent dans la superficie de nous-mêmes, comme Saint Augustin qui dit à Dieu dans les Confessions : « Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses… » (Confessions livre 10 chapitre 27).

 

Les méthodes de méditation de pleine conscience sont bonnes sur ce point. Je les recommande : être là présent aux choses, sentir son corps, et être dans la perception de ce qui vient, écarter sans arrêt le cérébral et revenir au présent. Qu’est-ce qui vient dans la perception ?

3 types de choses : d’abord ce qui est perçu par les 5 sens (le silence, les petits bruits, les odeurs, le toucher, la vue de la nature, etc…), les percevoir quelques instants tout en revenant à être présent.

Rester à écouter le silence est un apprentissage pour l’oraison ; ensuite, les sensations internes ; l’imaginaire, les désirs, les souffrances, les joies… les habiter quelques secondes quand elles viennent en les offrant au Seigneur et revenir à être présent intérieurement là où vous êtes ; et enfin les sensations spirituelles (une paix, une joie profonde, telle phrase importante de l’Ecriture)… il s’agit la-aussi, de rester silencieux quand elles viennent pour les goûter… mais nous sommes déjà dans le troisième pas.

Troisième pas

Le troisième pas consiste à se décentrer, à nous tourner intérieurement vers Lui, c’est-à-dire désirer que le Seigneur vienne occuper notre ‘âme’, « Laisser Dieu être Dieu en soi », disait Maître Eckhart, un maître spirituel du Nord de l’Europe (XIVème siècle). C’est là la grande différence avec la méditation de pleine conscience. Car dans l’oraison, il y a ‘quelqu’un au bout du fil’...  Vous vous présentez à Lui, même si vous ne voyez rien intérieurement. C’est une prière aveugle qui cherche quelqu’un dans le noir, qui s’expose à Lui dans la nuit. C’est ça la foi ! Le Psaume 130 (traduction liturgique) dit cette disposition intérieure à vivre chaque matin: « Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux… Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais ! » Attendre quoi ? Que le Seigneur vienne et se révèle ! Comment ? Par le silence qui Lui laisse de la place et par la Parole que l’on écoute… Nous voilà au 4ème pas.

 

Quatrième pas

La quatrième pas vise à se mettre à écouter la Parole : « J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? » (Psaume 84) . La rencontre de Dieu demande le silence, mais le silence ne mène pas forcément à Dieu. Il faut passer à autre chose, l’écoute de la Parole. Celle-ci éclaire, interpelle, guérit, soutient, encourage, appelle à une mission. Comme le dit le prophète Isaïe : « Prêtez l’oreille, venez à moi et vous vivrez » (Isaïe 55, 3). C’est donc l’oreille (intérieure) qui doit être mobilisée, dans une lecture du texte d’Ecriture quelquefois sèche et peu attrayante. Il s’agit de laisser le texte dans toute sa puissance de Parole… sans parler soi-même ! Ecouter, c’est ceci : laisser le texte parler, dans ses images, ses mots, son histoire, les paroles du Seigneur, les réparties des disciples… les laisser résonner verset par verset dans l’intériorité. C’est tout nous-même qui est mobilisé, en sachant que c’est la sensibilité qui est première. Saint Ignace de Loyola, un mystique du XVIème siècle le dit ainsi « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais c’est de sentir et goûter intérieurement » (Ex 2). Si c’est un texte plus théologique (ex : les lettres de Saint Paul), il s’agit de laisser résonner les mots, les expressions, les symboles : que nous font-ils comprendre intérieurement du Christ. Et peu à peu, ça parle en nous !

Au bout du temps décidé, remémorez-vous vos découvertes et offrez-les dans un bouquet ! Puis priez le Notre père et c’est la fin ! L’oraison peut être aride bien de fois, mais nous apercevons les fruits au bout d’un certain temps de pratique ! L’oraison, c’est plonger dans le silence et y rester pour pour rencontrer le Seigneur. Tentez l’aventure ! 

 

p. Jean-Michel Moysan